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Gabriel Faure, 13 Nocturnes [ UT3-015 ]






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interprétation

Wagschal Laurent (piano)

tracklist:

[1.1] Faure, Gabriel: Nocturne Op. 33 Nr. 1 (7:19)
[1.2] Faure, Gabriel: Nocturne Op. 33 Nr. 2 (5:29)
[1.3] Faure, Gabriel: Nocturne Op. 33 Nr. 3 (4:47)
[1.4] Faure, Gabriel: Nocturne Op. 36 Nr. 4 (7:33)
[1.5] Faure, Gabriel: Nocturne Op. 37 Nr. 5 (8:2)
[1.6] Faure, Gabriel: Nocturne Op. 63 Nr. 6 (8:33)
[1.7] Faure, Gabriel: Nocturne Op. 74 Nr. 7 (7:56)
[1.8] Faure, Gabriel: Nocturne Op. 84 Nr. 8 (2:34)
[1.9] Faure, Gabriel: Nocturne Op. 97 Nr. 9 (4:12)
[1.10] Faure, Gabriel: Nocturne Op. 99 Nr. 10 (5:22)
[1.11] Faure, Gabriel: Nocturne Op. 104 Nr. 11 (4:12)
[1.12] Faure, Gabriel: Nocturne Op. 107 Nr. 12 (5:26)
[1.13] Faure, Gariel: Nocturne Op. 119 Nr. 13 (6:44)
texte
Les treize Nocturnes de Fauré, dont l'écriture s'étend sur près d'un demi-siècle, constituent un cycle qui permet d'apprécier, au travers de trois périodes, l'extraordinaire évolution du langage et de l'esthétique du compositeur. De caractère plutôt contemplatif et recueilli, ce sont sans aucun doute les pièces les plus abouties, les plus riches, en même temps que les plus variées qu'il ait laissées pour le piano. Chez Fauré l'expression du sentiment est essentielle, mais selon une esthétique typiquement française d'où sont exclues toute grandiloquence et emphase; les Nocturnes sont des pages intimes et introspectives. Nulle musique descriptive non plus : s'il emprunte largement à Chopin les titres de ses œuvres pour piano, il aurait aimé les intituler simplement Pièces pour piano.
Les cinq premiers Nocturnes, composés entre 1875 et 1884, appartiennent à la première période du compositeur. Ils adoptent un langage résolument romantique et influencé par Chopin, Schumann et Liszt, que lui a fait découvrir et admirer Saint-Saëns, qui fut son professeur de piano. Les 2ème, 3ème et 4ème Nocturnes s'ouvrent sur des mélodies accompagnées à la manière de Chopin, tandis que le 5ème rappelle Schumann dans sa partie centrale agitée, avec son motif énoncé dans le médium, passant d'une main à l'autre et accompagné d'une arabesque en arpèges. Mais au-delà de ces influences évidentes, Fauré trouve néanmoins immédiatement un style très personnel; une forte personnalité s'affirme. Ses années d'études du plain-chant à l'école Nierdermeyer lui ont inspiré un goût marqué pour la modalité qui se mêle au cadre tonal, cette alliance conférant une grande originalité à l'harmonie. L'écriture mélodique est souple, chaleureuse et très élégante, mais paradoxalement la séduction immédiate qu'exercent ces pages lui portera préjudice : toute sa vie, après sa mort et jusqu'à aujourd'hui, ceux qui ne percevront pas ce que sa musique recèle également de grandeur et virilité l'accuseront de superficialité, qualifiant ses œuvres de «musique de salon». Pour Fauré, «L'art a toutes les raisons d'être voluptueux, cependant on ne saurait interdire à ceux qui considèrent la vie sous un aspect plus grave de la traduire telle qu'ils la voient...».
Le Premier Nocturne est incontestablement le plus réussi des cinq premiers. Tout l'art de Fauré est déjà là : gravité et noblesse du ton, émotion poignante mais toute intérieure et mêlée d'un sentiment apaisé; le climat de ce premier Nocturne est déjà celui qui imprégnera, quelques années plus tard, le Requiem.
Les 2ème et 5ème Nocturnes suivent la traditionnelle forme ABA avec une partie centrale vive dans le ton homonyme mineur. Dans le 3ème Nocturne, après un thème assez chopinien, c'est le second motif qui retient surtout l'attention: il crée une douce lueur de clair de lune pleine de rêverie et dans la coda Fauré le superpose au thème initial avec une grande habileté. De même, dans l'admirable 4ème Nocturne, on remarquera à nouveau le second motif qui fait résonner de mystérieuses cloches sur une ondulation en doubles croches et qui sert de transition à un troisième thème lyrique et passionné.
A partir des années 1890, la situation de Fauré s'améliore : il est nommé professeur de composition au Conservatoire de Paris avant d'en devenir le directeur en 1904. Ce sont les plus belles années de sa vie; il est enfin reconnu comme un compositeur majeur de sa génération et il est enfin libéré (à près de 50 ans !) des leçons de piano et des accompagnements à l'orgue des services religieux auxquels il était contraint jusque là pour subvenir à ses besoins. Fauré, qui toute sa vie aura la hantise de se répéter, de ne pas se renouveler, adopte désormais un langage plus contrapuntique, développe encore son langage harmonique et s'affranchit des influences précédentes. D'une totale plénitude, cette période de maturité est particulièrement féconde en grandes réussites. Outre la 5ème Barcarolle et le Thème et Variations, il signe successivement les 6ème et 7ème Nocturnes, deux magnifiques chefs d'œuvre. Tous deux parcourus par un grand souffle, ce sont les deux Nocturnes les plus développés, ils font partie des œuvres les plus élevées d'inspiration du musicien et sont pourtant très dissemblables. Ecrit dans la tonalité qui lui est chère de ré bémol majeur, le 6ème Nocturne diffuse un sentiment de grandeur et de majesté, tandis que le 7ème Nocturne, sombre et dramatique, préfigure les œuvres de la troisième période. Quant au 8ème Nocturne, il faisait partie à l'origine des Pièces Brèves op.84, et il ne doit son titre qu'à l'éditeur qui, malgré l'opposition formelle du compositeur, avait cru bon de l'intituler ainsi...
A partir de 1903, Fauré commence à ressentir les premiers signes de la surdité qui l'affectera en s'amplifiant jusqu'à la fin de sa vie. Pire qu'une simple baisse de l'audition, il n'entend plus correctement les hauteurs des sons, toute audition de musique devenant pour lui une cacophonie et un véritable supplice. Désormais, Fauré trouvera refuge dans la composition, son infirmité ne faisant que décupler ses capacités créatrices. Son fils Philippe nous confie : «Fauré sourd ne cesse de s'élever, il suit sa route seul, dans un isolement royal». Restant fidèle au système tonal, le génie de Fauré est d'avoir su néanmoins opérer sa transformation et d'avoir créé un langage harmonique singulier et surprenant. Loin de toute influence, de tout désir de plaire, les œuvres de la dernière période sont austères, dépouillées mais d'une extraordinaire concentration et densité. Comme Beethoven, il sait que ses œuvres sont difficiles d'accès et ne seront peut-être pas comprises, mais «C'est pour dans vingt ans leur tour !», espère-t-il. Cette dernière manière, inaugurée avec le 9ème Nocturne culmine avec les trois derniers Nocturnes. On remarquera que ces derniers recourent exclusivement à des tons diésés et en mineur, alors que Fauré utilisait jusque là plus volontiers les tons majeurs et bémolisés.
Les 9ème, 10ème et 11ème Nocturnes sont monothématiques, plus concis que les précédents; l'écriture est dépouillée, mais très dense, âpre. Fauré marque désormais une prédilection pour les syncopes et les contretemps et les développements exposent de grandes marches harmoniques. Le 11ème Nocturne est écrit à la mémoire de Noémie Lalo, belle-fille du compositeur, disparue prématurément. Écrite avec une extrême économie de moyens, la pièce est une élégie recueillie, pleine d'émotion retenue, brièvement interrompue par des accès de révolte et de désespoir avant de retomber dans la résignation.
Composé en 1915 alors que son fils aîné est mobilisé sur le front, le 12ème nocturne, le plus dramatique de la série, est parcouru par un climat de grande inquiétude et d'agitation. Le thème initial superpose binaire et ternaire et hésite constamment entre majeur et mineur. Quant au deuxième élément, très tendu avec ses dissonances de secondes et son rythme haletant, il aboutit après un long crescendo à une explosion de douleur et de désespoir.
En 1921, arrivé presque au terme de sa vie, Fauré écrit le 13ème Nocturne, extraordinaire aboutissement de son œuvre pianistique; il n'écrira alors plus que le Trio et le Quatuor à cordes. D'une écriture contrapuntique digne d'un Jean Sébastien Bach, l'œuvre s'ouvre par un choral presque irréel et métaphysique, dont les retards en syncope produisent de surprenantes et magnifiques dissonances. Quant au lyrisme passionné de la partie centrale, pleine d'élan et d'ardeur, on a peine à croire qu'elle vient de la plume d'un homme de 76 ans, malade et qui n'a plus que trois ans à vivre. «Ah, tu as de la veine de rester jeune comme ça !» s'exclame Vincent d'Indy à propos de sa 2ème sonate pour violoncelle et piano écrite la même année.

LAURENT WAGSCHAL
la presse...
ResMusica.com le 18/05/2009
"Laurent Wagschal nous propose une lecture éclairée et inspirée de ces treize moments musicaux : dès le Nocturne n°1, en si bémol mineur, il nous immerge dans la gravité et la profondeur d’une page qui préfigure le climat du Requiem. Son toucher nous transporte encore plus dans l’exposition de la grande phrase initiale du Nocturne n°6 (phrase ô combien fauréenne !) : le pianiste distille admirablement les transparences harmoniques de cette page composée dans la tonalité fétiche du compositeur, ré bémol majeur.

Pour les quatre derniers Nocturnes, dont le sublime opus 119, Laurent Wagschal se montre plus éblouissant encore : la délicatesse de l’articulation (qui évoque celle de Marcelle Meyer) se conjugue à une expression subtile des nombreuses syncopes, provoquant la rupture voulue par le compositeur.

Une interprétation admirable doublée d’une prise de son cristalline ! "



Diapason N° 572 Septembre 2009

"... Un jeu ample, puissant quand il le faut, saisit aussi bien l'humeur des pages relativement mal aimées (Nocturnes nos 5 et 8) que la poésie du 6ème...
La musique de Fauré réussit à un interprète qui en apprivoise avec naturel l'étrangeté harmonique, dans l'émotion contenue des 10ème et 11ème, la tempétueuse noirceur du 12ème ou le lyrisme désabusé du 13ème.
l'album mérite le plus grand respect, comme hier celui dans lequel Wagschal révélait des opus majeurs de Florent Schmitt."

A. Cochard
informations techniques
UT3.RECORDS © 2009 UT3-015

Recorded April 2008 at the St. Margote Chapelle, Wichelen (BE)

artistic supervision : Truus De Winter
sound : Diederik Suys (DPA 4003 microphones / Grace Design preamps / PMC monitoring)
text : Laurent Wagschal (French & English)
photos : Nikos Samaltanos
info & sales : www.ut3-records.com
total time : 78 min.

Cover artwork : René Magritte
"L'heureux donateur" 1966
copyright SABAM Belgium 2009

 

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